Être femme, médecin et choisir l’avac

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Je laisse ma plume à cette puissante femme! Elle décrit ici son cheminement. Elle m’expliquait que comme médecin elle était formée pour être à l’affut du risque et constamment envisager le pire… Elle m’a demandée de soutenir sa confiance! Elle a su déjouer ses réflexes, prendre de court son conscient et laisser pleinement place à son bébé afin qu’ensembles elles écrivent leur propre histoire! Voici André-Anne et la naissance de sa belle O

« L’histoire de ta naissance en est une de confiance, de dépassement de soi et de douceur. L’histoire de ta naissance commence avec la naissance de ta sœur, 2 ans plus tôt.

Ta coquine de grande sœur, F., nous a fait la surprise de se présenter les fesses premières la journée du déclenchement qui était médicalement indiqué. La césarienne s’est alors imposée la journée même, sans être en urgence toutefois. Moi qui était préparée à accoucher par voie naturelle, j’ai dû accepter en quelques heures seulement que je ne vivrais pas les contractions et que je devrais subir une intervention chirurgicale pour voir mon bébé.

Pour être honnête, l’acceptation s’est fait assez vite et ce pour de multiples raisons. Ma priorité était la santé de ma belle F. Je n’avais jamais souhaité à tout prix vivre l’accouchement par voie naturelle. Il faut dire que par ma formation médicale, j’avais eu la chance d’assister à plusieurs accouchements (par voies naturelles et par césarienne). Du point de vue strictement extérieur, la douleur des contractions et les lacérations me semblaient assez pénibles contrairement à la césarienne où sommes toutes les mères sur la table d’opération semblaient bien soulagées. Ce que mon œil de résidente en médecine avait sous-évalué ce sont les douleurs du post-partum, les difficultés d’allaitement, les premières minutes volées avec mon bébé et l’étrange et incompréhensible sentiment de ne pas avoir réussi mon accouchement.

Et à la veille de Noël 2015, me voilà de nouveau enceinte. Nous sommes très heureux. J’évite volontairement de penser à l’accouchement. Je vis le moment présent. Je suis enceinte. Nous aurons un deuxième enfant. Nous offrons à notre fille le plus beau des cadeaux, un/e complice pour la vie ! Puis le temps file, la bédaine s’arrondie et l’angoisse de l’inévitable accouchement m’envahi. Je ne veux absolument pas revivre l’expérience de naissance de F., teinté de douleur physique et souffrance psychologique, malgré ma grande joie de devenir maman pour la première fois. Et en même temps, un accouchement vaginal après une césarienne (AVAC) me fait terriblement peur. Probablement par déformation professionnelle mais aussi par ma nature anxieuse, j’envisage le pire par rapport à l’AVAC : ça ne fonctionnera pas, j’aurai de toute manière une césarienne, je serai la malchanceuse qui aura une rupture utérine, je mets inutilement mon bébé à risque de complications, mon corps n’est peut-être pas ‘capable’ d’accoucher et j’en passe…

J’en discute avec ma professeure de yoga qui me suggère la lecture du livre d’Helene Vadeboncoeur. Dans le tourbillon de ma vie de jeune maman et du travail, je ne prends pas le temps de trouver ce livre. Ma professeure de yoga me l’amène donc et me le prête jusqu’à l’accouchement. Je me mets à lire ce livre le soir avant de m’endormir. Puis, une amie m’ajoute sur une groupe Facebook où plusieurs mamans ont eu ou encore songe à l’AVAC. Le médecin de famille qui suit ma grossesse me dit que je suis la candidate idéale et m’encourage. Et malgré tout, il me manque l’étincelle… j’ai SI peur de ne pas prendre la bonne décision. De regretter l’AVAC ou de regretter la césarienne. J’avais lu qu’il existait des accompagnantes à la naissance mais ayant déjà vu plusieurs accouchements, je me demandais comme celle-ci pourrait m’aider.

C’est lors d’un dîner avec une collègue médecin que le déclic s’est fait. Elle m’a raconté avoir eu une accompagnante à la naissance et que c’était une excellente décision. Elle me parlait de son accouchement avec une telle fierté. Je ne connaissais pas ce sentiment. J’ai pu lui poser toutes les questions et appréhensions que j’avais. Entre autres, je ne voulais absolument pas aller contre l’avis du corps médical. Rien d’ésotérique, sans fondement scientifique. J’avais besoin de me sentir en confiance. J’avais besoin de savoir que l’accompagnante ne serait pas en confrontation avec ma formation de médecin et mes collègues médecins accoucheurs. Suite à la discussion avec ma collègue, je sens le courage de contacter son accompagnante qui, par hasard, s’intéresse particulièrement aux AVAC. Après avoir dû convaincre mon conjoint, car on ne se le cachera pas, ça fait quand même qu’une autre personne sera présente dans l’intimité de la première rencontre avec notre enfant, je contacte donc Josette.

Le premier contact est chaleureux, je me sens apaisée et en confiance. Je sens que c’est probablement l’outil qu’il me manquait pour être prête à faire face à l’AVAC de façon sereine. Au fils des rencontres pré-accouchement, on explore notre vécu, nos attentes, on nous conseille toujours en respectant nos valeurs. Le fait de nouer de la sorte avec une personne d’expérience tout en sachant qu’elle sera avec nous lors du grand jour est très réconfortant. J’ai aussi pu l’appeler pour des questions tout au long de ma grossesse.

Puis, notre petite cocotte O. s’est fait attendre plus d’une semaine après la date prévue d’accouchement. J’étais tellement bien enceinte et de toute évidence tu étais très bien dans mon ventre aussi. Notre accompagnante Josette avait des vacances de prévues et nous a référé à une autre accompagnante Annick. Après quelques échanges téléphoniques tout aussi chaleureux avec Annick, nous attendons toujours la venue de notre deuxième petite fille.

Puis un certain vendredi, j’ai un rendez-vous de routine pour post-datisme à l’hôpital. Je me sens en forme, je me dis que tout sera normal et que mon travail débutera spontanément dans les prochains jours. Je prévois déjà des plans pour l’après-midi. Les examens commencent, le petit cœur est moins réactif qu’attendu. Il manque de liquide amniotique. L’obstétricienne me dit alors que mon bébé doit sortir la journée même. Elle m’offre la césarienne, en me spécifiant qu’elle devra appeler bientôt au bloc pour réserver. Je suis sous le choc. Je lui demande si c’est possible de tenter l’AVAC. Elle me dit que c’est possible mais que c’est certain que les conditions ne sont pas gagnantes : col long et fermé, cœur peu réactif… Au pire, ce sera la césarienne me dit-elle. Elle me laisse quelques minutes pour y penser. Je pleure. Ton papa ne veut pas prendre de décision à ma place mais me dit simplement : ‘Je pense que tu vas le regretter si tu n’essaies pas’ . Et de mon côté je me dis que je n’ai pas fait toute cette préparation pour rien, que mon chum et mes accompagnantes à la naissance expérimentées croient en moi. Honnêtement, je suis convaincue qu’à ce moment précis, si je n’avais pas eu de rencontres pré-accouchement avec mon accompagnante à la naissance, si je n’avais pas l’assurance qu’Annick serait à mes côtés, j’aurais flanché. Pourquoi ? Parce que j’avais peur. Peur que de toute façon ça se termine en césarienne. Peur de ne pas être capable d’accoucher. Peur d’avoir les douleurs des contractions et d’avoir les douleurs du post-partum de césarienne. Peur de l’inconnu.

Je sors du petit local et j’avise l’obstétricienne que je tenterai l’AVAC. Je vois la surprise dans ses yeux mais elle accepte ma décision. On m’installe un ballonnet vers midi et ton papa et moi prennons le taxi pour la maison. Nous n’avions pas apporté notre valise et toutes les salles d’accouchement étaient occupées ! Il faut croire que ta date de naissance sera populaire. Je pleure dans le taxi et appelle Annick pour l’aviser que c’est le grand jour. Encore une fois, le calme de sa voix me rassure et elle me confirme que ma décision est bonne, qu’elle sera là, qu’on est prêt et me recentre plusieurs fois sur le fait que j’aurai finalement un beau bébé dans les bras. Je suis beaucoup plus calme lorsqu’on revient à l’hôpital. Ma chambre m’attend, nous sommes prêts, Annick arrivera un peu plus tôt pour une première rencontre avant que je sois en contraction.

À partir de ce moment, mon accouchement se déroule comme désiré. Je suis étonnamment sereine et calme. On commence doucement la médication pour provoquer les contractions. Le monitoring est plus étroit puisqu’il s’agit d’un AVAC mais tout le personnel est confiant et encourageant. Je sens de douces contractions lorsqu’Annick arrive. Nous avons la chance d’échanger tous les trois. Le travail avance bien. Le ballonnet tombe. Le tracé de ton cœur est rassurant, tu vas bien ma peanut !

Puis arrive les vrais contractions douloureuses, celles qu’on redoutent.. Il est passé minuit, j’ai du mal à gérer la douleur. Ton papa me soutient. Annick apporte des éléments qu’on connaît mais que nous n’étions pas en mesure de mettre en place dans le feu de l’action. Accupression, autohypnose, tens, ballons.. après bien des efforts, je demande l’épidurale. Je suis alors soulagée et en mesure de reprendre le contrôle sur mon accouchement. Tout au long du travail, Annick demeure disponible, très positive et encourageante. Elle croit en mon pouvoir d’accoucher ce qui me redonne confiance dans les moments de doutes. La dilatation se fait rapidement.

Puis la poussée, comme dans le meilleur scénario que j’aurais pu m’imaginer se passe très bien aussi. Ma belle O., tu avais hâte de sortir et tu étais déjà très basse. J’ai poussé à quelques reprises. Cela m’a paru de 15 minutes mais on m’apprend plus tard que c’était d’avantage 1h30. Une fois de plus, la présence de l’accompagnante me permet de garder le focus.

Puis tu te pointes le nez! Une belle fille, calme et éveillée. Je vis enfin ce qui m’a tant manqué avec ta grande sœur. Le peau à peau immédiatement après ta naissance. Puis ton papa coupe le cordon. Puis la première têtée. Tu fais déjà ça comme une championne ! Nous avons fait un beau travail d’équipe, nous deux, mais également nous trois avec ton papa puis finalement nous 4 avec Annick.

Tous ces précieux moments sont immortalisés dans ma mémoire mais également à travers d’incroyables photos qu’Annick a prises. Je les regarde toujours avec beaucoup d’émotions. J’y vois la force, la détermination et la vie.

Andrée-Anne

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