Les papas

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-Il avait très peur du sang. C’était LA raison pour laquelle ils m’avaient engagée. L’accouchement ne s’est pas déclaré simplement et les choses se sont vite compliquées. Il a été là auprès d’elle à chaque instant jusqu’à la toute fin. Ce n’est qu’une fois le bébé sorti qu’il m’a regardé un brin tremblant en me disant que c’était temps pour lui de sortir de la chambre !

-Il avait le mot pour rire ! Bébé ne descendait pas. Il a dit à la blague que c’était parce que bébé avait la grosse tête de cochon de sa mère. Elle a répondu : « À l’écho, c’était clair que ce bébé avait ton nez, c’est plutôt ça le problème ! »

-À chaque contraction, il chuchotait à son oreille :

« Tu es belle, tu es forte, tu es capable et je t’aime ! »

-Nous venions d’être admis dans la chambre terne de l’hôpital. J’entre avec maman dans la salle de bain pour l’aider à s’installer dans la baignoire. J’en sors à peine 5 minutes plus tard et la chambre était métamorphosée : lumière, musique, odeurs, c’était MAGIQUE!

-Pas de paroles, pas de gestes, mais ce regard attendri devant l’extraordinaire que sa douce accomplie !

-Il devait gonfler la piscine, bien qu’elle ait rendu l’âme dans le salon. Il est plutôt entré dans la mini salle de bain en maillot et a soutenu sa belle recroquevillé au fond de la mini baignoire.

-La poche des eaux venait de rompre, il était 22h. Il s’attendait à passer la nuit éveillé. Il s’est préparé un litre de café. Il a passé la nuit debout… aux toilettes !

-Elle était fâchée contre lui. Elle croyait ne pas souhaiter sa présence. Il avait peur de ce qu’il devenait aujourd’hui. Son père n’avait jamais été là lui. Sans discuter, il a pris sa main et l’a embrassé tendrement, suivi d’un échange de regard entre deux soupirs. Main dans la main, il a accompagné et respiré avec elle chacune des contractions qui ont suivies. Mais dans la main, elle a fait de lui un père ce jour-là.

-Elle cherchait à se blottir contre lui. Il avait ce vêtement à fermeture éclair qui l’embêtait. Il a compris ! C’est torse nu qu’ils ont vu naître leur fille !

 

Alors que nos grands-pères n’y tenaient pas, nos pères eux ne s’y opposaient pas. Aujourd’hui, la place du conjoint dans la salle d’accouchement est acquise. Cependant en 2016, nous n’en sommes pas à les outiller spontanément comme ils le souhaitent !

La grande majorité des futurs pères que je rencontre pour la première fois n’ont aucune idée du rôle qu’ils auront à jouer. Ils appréhendent simplement les services d’une accompagnante par crainte de perdre leur place. Et c’est bien normal! Depuis trop longtemps, nous véhiculons l’image du conjoint décoratif, accessoire et victime! Nombreux avouent s’imaginer subir les foudres d’une femme en perte de contrôle qui hurle et crie alors qu’il tente désespérément de dégager ses ongles enfoncés dans son avant-bras sanguinolent ! Caricatures, sketchs et films ont gravé dans l’imaginaire des stéréotypes qui, bien qu’exagérés, improbables et irréalistes, sont encore très présents. Nombreux se sentent dépassés à un moment ou à un autre de l’aventure !

 

Malgré toute notre complexité, au même titre que les autres mammifères de cette planète, nous avons certains besoins primaires pour mener à bien notre processus d’accouchement. Une chatte cherche un endroit fermé, sombre et calme où elle se sentira en sécurité pour mettre au monde ses chatons. Une antilope, sentant un prédateur, peut arrêter son travail afin de se mettre en lieu sûr avant de poursuivre l’accouchement. Dans un moment aussi vulnérable, sa sécurité représente sa survie et celle de ses petits. Sachant cela, il est surprenant que nous, mammifères rationnels, soyons contraints de quitter notre cocon afin d’aller donner naissance dans des lieux qui nous sont inconnus en présence d’étrangers. Dans ce contexte, le conjoint devient un outil plus qu’extraordinaire!

Une femme en travail profitera du contact, des mots tendres, de la force, de la complicité et du soutien de son conjoint. Son odeur familière, sa chaleur et son affection sont un terreau propice à la sécrétion d’ocytocine et d’endorphine, hormones nécessaires au processus physiologique de l’accouchement. Un conjoint, c’est le prolongement de la maison, notre cocon intime et douillet. Devant cette évidence, comment se fait-il que nous ne mettions pas plus d’énergie à préparer les pères et renforcer l’équipe déjà existante au sein du couple ?

 

Oui, j’accompagne des mamans. Oui, je vois naître des bébés. Si je fais bien mon travail, je verrai aussi naître les papas ! Des papas qui, sans gênent, retireront leur chandail pour faire du peau-à-peau, qui se lèveront au premier pleure pour consoler leur enfant, qui chanteront, danseront, soigneront, qui ne craindront pas les têtes à têtes avec leur bébé mais qui en seront même fier! Ceux là meme qui seront contemplatifs devant tout l’incroyable dont leur partenaire a fait preuve pour donner la vie à leur petit !

Au-delà des caricatures et des stéréotypes, les papas aiment infiniment et c’est ça qui compte !

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