Quand accouchement rime avec traumatisme, comment réussir son AVAC?

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Aujourd’hui, ce ne sont pas mes mots. C’est l’expérience et le vécue d’une femme comme vous, comme moi, qui a su se relever et foncer malgré la peur! Elle a sublimée ma route et mon expérience! Je vous présente Anne!

Quand accouchement rime avec traumatisme…..
J’ai 35 ans et à l’automne dernier je suis tombée enceinte de mon deuxième bébé. J’étais ravie. Je me sentais spéciale parce que personne n’était au courant et que ça ne se voyait pas encore. Comme un super héros, je cachais quelque chose d’énorme. Même si mon premier accouchement avait été difficile, je pensais avoir surmonté ca. 3ans et quelques mois après, j’avais enfoui ça quelque part dans ma mémoire en espérant inconsciemment que ça ne resurgirait jamais……

Nouveau pays, nouvelle ville, nouvel hôpital et nouveau fonctionnement médical. Cet accouchement sera différent. J’envisage de me renseigner pour choisir le meilleur endroit pour accoucher, tout ira bien.
Seulement voilà, je n’avais pas mesuré l’importance et l’impact de mon premier accouchement.
L’heure de mon premier rendez-vous médical a sonné et je me dirige confiante vers l’hôpital. Dans la rue je commence à me sentir fébrile. Plus l’hôpital s’approche, plus je ressent l’envie de faire demi-tour. Arrivée dans la salle d’attente, j’ai chaud, mon cœur bat à toute vitesse et mon esprit est confus. Je me réfugie dans le déni: « non je ne suis pas enceinte, je l’ai imaginé, je vais rentrer à la maison et reprendre ma vie comme avant. Si je fais ca, je ne risque rien ! »
Les larmes coulent sur mes joues.

 »J’ai pas le droit de faire ça, il a rien demandé ce bébé, je peux pas lui faire ça. J’ai la chance d’être enceinte, je n’ai pas le droit. »

Tout mon être est terrorisé, je voudrais fuir. Je dois faire quelque chose.
L’infirmière arrive et ma première phrase est: « je suis terrorisée, j’ai besoin d’aide! »
Elle me rassure en me précisant qu’après une césarienne on est particulièrement suivie et me propose de voir une psychologue.

Pendant les six mois qui ont suivi j’ai cauchemardé et fais des insomnies chaque nuit. Alors qu’autour de moi tout le monde se réjouissait, je me battais contre une peur insoutenable. Je vivais un stress post traumatique. Le 18 juillet, nous allions mourrir, moi et mon bébé, la mort était indissociable de cette date. Je ne pouvais pas parler ou imaginer mon accouchement. Je ne faisais que revivre mon premier accouchement: le corps médical qui m’abandonne plusieurs heures. Il fait nuit. J’ai mal. J’ai si mal qu’à chaque contraction je me dis que la prochaine ne pourra pas être plus forte parce que je n’y survivrai pas. Et pourtant elle est plus forte. Personne…

Loin de m’en sentir capable et heureuse que la médecine propose une alternative j’avais demandée la péridurale, mais rien. Personne. Quelqu’un arrive finalement, mais elle est impatiente et s’agace de la lenteur de ma réponse à sa question : « depuis quand saignez vous ?
Comment le saurai je ?
J’aurais dû le savoir ?
Suis je si nulle que je suis incapable de repérer les choses importante ?
Suis je incapable de mettre mon enfant au monde ?
Suis je si minable que je suis la seule femme au monde qui ne supporte pas la douleur ?
Minable, mauviette, incapable, stupide……


 »On y va. Allez ! »
J’ai mal! 
Les chiffres du moniteur descendent à vue d’œil. C’est mon bébé, son cœur.
« Elle va bien ? » Pas de réponse. « On y va » et me voilà en salle d’opération. Anesthésie, césarienne. Mon bébé fini par pleurer alors qu’elles la sortent de la pièce. Toutes les parties non anesthésiées de mon corps tremblent, je pleure. Je n’ai qu’aperçue mon bébé.
 Pas d’explication, la médecin s’affaire en discutant avec l’infirmière comme si rien ne s’était passé, pure routine. Elle finit par me poser des questions pour évaluer mon état : « désorientée » sera écrit sur mon dossier parce que, et veuillez excuser ma vulgarité, je n’en ai rien à foutre que ce soit elle qui m’a annoncé le sexe de mon bébé, je veux comprendre et je veux mon bébé!
Qu’ai je mal fait ?
Suis-je si médiocre que je ne suis pas capable de mettre un enfant au monde ?
Suis-je si dénuée d’instinct maternel que je n’ai pas su détecter le danger ?
Suis-je si mauviette que je ne peux supporter la douleur ?
OH Oui! Je suis la pire maman au monde! Minable, incapable et stupide!


Au rendez vous, un mois plus tard, l’obstetricienne me dit fièrement qu’elle se rappèlera longtemps de mon histoire : « j’ai du prendre une décision en une minute! » Elle est clairement exaltée ! Elle me demande pourquoi je n’ai pas pris la péridurale ?
Quoi ?!?? Pourquoi je l’ai pas eue ???
 Elle me dit que j’ai perdu beaucoup de sang, que j’étais en danger, que mon bébé était aussi en danger, qu’elle ne peut pas affirmer que j’ai fait un décollement placentaire…
Mais de quoi je me plains ??? J’ai un bébé en parfaite santé et je vais bien. Elle nous a sauvé la vie !
Sonnée, affaiblie, clairement affectée ma bouche émet un merci.

Chaque nuit de ma deuxième grossesse me fait revivre la peur, ce sentiment horrible d’impuissance dans le déni de l’accouchement. Je ne peux pas y penser. Ma fille meurt ou je meurt chaque nuit.
Avec le support de ma psy et de mon accompagnante je refais surface. Ma psychothérapie m’a permis de comprendre et trouver les armes pour affronter tout ca. J’ai commencé par cesser de culpabiliser. J’ai affronté ma peur et compris que je n’avais rien à me reprocher. J’ai découvert les mots : « violence obstétricale ». J’ai constaté que je n’étais pas seule et que ce que j’avais vécu était intolérable. Mon stress et ma peur étaient légitimes. Il m’a fallu 3 séances pour réussir à me sentir prète à aller en salle d’accouchement. La première fois je suis restée tétanisée devant l’entrée de la maternité pendant 30 minutes. Quand finalement j’arrive à entrer dans cette chambre, je pleure. J’ai chaud. S’en suit une multitude de sentiments: peur, colère puis acceptation. Mais j’ai réussi! Plus les semaines passent, plus je me sens forte. La peur est là mais je me sens de plus en plus forte pour l’affronter. J’en arrive même à vouloir vivre ce jour !!


Mon accompagnante m’a proposé de faire de l’hypnose. Ça m’a aidé à me calmer et me centrer sur mon bébé et moi. Je dialogue avec mon bébé, on forme une équipe. Moi qui culpabilisait notamment parce qu’on entend toujours qu’un bébé ressent tout ce que ressent sa maman, là je suis avec mon bébé et c’est notre histoire. Mon bébé sera une fille et elle va m’aider à tourner la page. Chaque fois que je vois mon accompagnante a la naissance elle me rappelle combien j’ai avancé et je mesure la réussite de mon combat de semaines en semaines.
A 35 semaines je me sens fière, forte et prète. Tout semble aller bien.
A 37 semaines je fais le test du dépistage des streptocoques. Quelque chose d’anodin, enfin a priori. Je suis positive et j’aurai à prendre des antibiotiques le jour de l’accouchement. Je rentre chez moi et je m’effondre. Je ne peux plus m’arrêter de pleurer. Ma fille risque une infection en naissant, une infection dont je suis porteuse ! Je la met en danger. Je cède à la panique à nouveau ! Tout s’écroule, je n’y arriverai pas, je vais la tuer, je vais mourrir. Des conflits avec ma grande fille me donnent l’impression d’être une mauvaise mère, je vis à nouveau avec le sentiment d’être la pire mère au monde. Celle qui n’arrive pas à aider son enfant et celle qui n’a pas le courage de mettre son futur enfant au monde. Je n’aurais jamais pu me sortir de cette spirale destructrice sans Annick mon accompagnante à la naissance. Elle m’a rassurée et remémorée ce que j’avais déjà accompli, le chemin que j’avais parcouru. Ma psy de son côté m’a aidé à vivre avec la peur et accepter sa présence.
A ce moment précis, j’ai peur mais je ne me sens plus seule. Annick mon accompagnante me soutient. Mais surtout je sais qu’elle sera là, mon mari aussi, je ne serai pas seule.
 Oui c’est moi qui mettrai cet enfant au monde mais pas seule.
Les jours passent, je dois tous les jours me rappeler que je suis assez forte et que je ne suis pas seule. Ca va aller. Quoi qu’il arrive, césarienne ou pas, ça ira, ça sera différent.

Le 17 juillet dès 8h du matin je ressens des contractions mais elles ne sont pas régulières. Elles vont durer toute la journée. A 23h après avoir pris des bains, et alors que les contactions sont aux 5 minutes je fini par aller à l’hôpital. Après examen, on me conseille de marcher pour voir si le travail commence. Je suis anxieuse mais j’ai les cartes en main. Je marche dans ce couloir avec Annick et mon mari, m’agrippant à lui au rythme des contractions qui sont douloureuses maintenant. On plaisante, je me concentre uniquement sur le moment présent. Je vis chaque contractions et chaque instant l’un après l’autre.
Après 2 heures de marche l’examen ne révèle pas de changement. On me propose de rentrer pour me reposer, dormir un peu. J’accepte de rentrer. Il pleut abondamment, une grosse orage qui rend le voyage encore plus magique! J’arrive chez moi trempée et je perd mes eaux! Retour sur le chemin de l’hôpital.
Nous sommes le 18 juillet, cette fameuse date fatidique. Les contractions sont douloureuses. J’ocille entre le doute et la confiance : « non je n’y arriverais pas, si je peux le faire ».
J’arrive à m’évader dans mon endroit lors d’une contraction qui passe sans bruit, sans heurt. Annick me répète que je suis capable: « oui j’en suis capable !!! » Je me le répète, je le dis ! Dès que j’ai une contraction je me colle à mon mari. Son amour, son odeur, sa présence m’aident. Les mots d’Annick me donnent de la force.

Mais, mon bébé a un problème. Les médecins m’expliquent que je fais un décollement placentaire. Chaque geste, chaque visite me sont expliqués. Je prend finalement a 7h du matin la péridurale. Je suis tellement épuisée, mais soulagée. L’infirmière m’explique alors qu’il y a 50% de possibilité que j’ai une césarienne et 50% que j’accouche par voix basse.
 Les mots « décollement placentaire, césarienne » résonnent dans ma tête et me rappellent mon premier accouchement mais cette fois c’est différent. Je sais ce qu’il se passe, j’ai pris des décisions et même si je dois avoir une césarienne, même si je suis déçue d’avoir fait tout ça pour arriver à une césarienne, j’aurais le choix. J’aurais pris la décision, je le vivrais en toute conscience. Le cœur de mon bébé bouge, les regards sont inquiets. Elle fatigue. Il faut que le travail aille plus vite. Les heures passent.
Le médecin m’examine et me dit: « ca y est on peut y aller, le col est totalement dilaté il va falloir pousser » Il me sourit. Je n’en crois pas mes oreilles, tout le monde autour de moi s’affaire pour m’installer… je suis sur un nuage. Je vais le faire!!!!!

Mon bébé est fatigué et je n’aurais besoin que de 3 poussées pour la mettre au monde avec les forceps. Je suis si épuisée. Mais lorsque j’entend: « poussez » je retrouve cette force en tenant la main de mon mari et dans les mots d’Annick, JE pousse !!!! Et encore, jusqu’à ce moment où je sens mon bébé naître. Elle pleure. Ils la posent sur mon ventre. Elle est là ! J’ai réussi ! On a réussi ! Les larmes coulent le long de mon visage mais ce sont des larmes de joie ! La joie la plus intense de toute ma vie. Elle rampe contre moi et se hisse jusqu’à mon sein. Elle tète. Elle est là, elle est bien là ! Oui j’ai réussi ! On a réussi.
J’ai mis mon enfant au monde!!

J’ai réussi grâce à notre équipe! Annick, mon mari, mon travail psychologique. Elle est née le 18 juillet. Cette date si angoissante pour moi, LA date. Comme pour conjurer le sort, pour prouver qu’on est une équipe. Ma DPA qui était une date de mort s’est transformée en date de naissance et de vie !!!
Aujourd’hui je partage mon histoire avec vous pour plusieurs raisons:
-parce qu’il faut en parler et cesser de banaliser ça. Un médecin n’a pas tout les droits. Le corps médical n’a pas toujours raison et ils ont besoin d’être sensibilisés. Un accouchement n’est pas qu’une opération médicale mais aussi et surtout un des moments le plus important dans la vie d’une femme physiquement et psychologiquement.
 Ne restez pas dans le silence et ne minimisez pas ce que vous avez vécu. La violence obstétricale ne devrait pas exister. Il faut en parler, la dénoncer! Vous n’avez pas à vivre ça. Ça n’est pas votre faute.
 Entourez vous, vous avez la force de vous en sortir mais il vous faut de l’aide. Si aujourd’hui je me sens fière, forte et accomplie c’est grâce à toutes les personnes qui m’ont aidé à y arriver. Je ne remercierais jamais assez Annick, mon accompagnante, Alice, ma psy, l’équipe médicale pour sa transparence et mon mari.
En écrivant tout ca j’ai définitivement tourné une page de ma vie. Je suis si heureuse, mon amour pour mes filles et mon mari a décuplé à l’infini. Je pleure de joie et je suis fière. A présent j’ai confiance en moi. Ne laissez pas votre angoisse vous détruire. Parlez de vos expériences !!!
Merci de votre attention, partagez pour dénoncer la violence obstétricale.
Anne

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